La quatrième théorie, Thierry Crouzet

Le 26 mars 2013

La quatrième Théorie, Thierry Crouzet. Le 23 décembre, 23h. Pleins phares, Idé enchaîne les virages d’un chemin communal.

Un accident, de curieux gendarmes, le téléphone de son ami Jos abandonné et un appel mystérieux qui lui ordonne de s’enfuir. Idé et sa famille se trouvent pris en chasse dans une guerre qui oppose les croisés, représentants et gardiens des pouvoirs traditionnels, et les Freemen, adeptes des nouvelles technologies et d’un nouveau modèle de  société : la 4ème théorie.
Mais eux, quel est leur camp ?

Thierry Crouzet a écrit sur Twitter pendant 16 mois, La Quatrième Théorie, un thriller interactif. 140 signes maximum par message : un style mitraillé qui n’est pas sans rappeler la littérature à contrainte et l’Oulipo.

Le livre est disponible chez Centre Commercial et sera très prochaine disponible en ligne.
Pour en savoir plus, l’auteur de l’ouvrage a répondu à nos questions.

Centre Commercial : Dans quelles circonstances avez-vous écrit ce livre ?

Thierry Crouzet : En décembre 2008, après avoir découvert que des auteurs américains s’amusaient à écrire des nouvelles sur Twitter, j’ai commencé à improviser la première page d’un roman dans le but d’écrire un article sur la twittérature naissante. Mais je n’ai jamais publié cet article. Je me suis pris au jeu et j’ai continué à écrire sur Twitter, durant seize mois à une moyenne d’une dizaine de tweets par jour.

Centre Commercial : Dans le livre, vous évoquez les Freemen. En 2013 qui sont-ils, quel est leur portrait-robot ?

TC : Les Freemen sont ces hommes et ces femmes qui ne se reconnaissent dans aucun parti, aucune église, aucun club. La politique traditionnelle ne les intéresse pas, le vote les indiffère souvent. Ils pensent que le monde ne peut changer que si chacun de nous le change à son échelle. Ils n’attendent rien des puissants. Quand quelque chose ne leur plaît pas, ils agissent plutôt qu’ils ne se lamentent. Ils ne sont pas du genre à manifester pour réclamer, en revanche ils peuvent se dresser contre les inepties. Exemple : Notre-Dame des Landes. Les Freemen ont toujours existé. Grâce aux nouvelles technologies, ils ne sont plus seuls. Ils forment un réseau et entrent nécessairement dans le jeu politique.

Centre Commercial : Dans La Quatrième Théorie, quelle est la part de science-fiction et la part de réalité? Peut-on parler d’un thriller d’anticipation ?

TC : Anticipation oui parce que je joue avec la technologie, la pousse un peu en avant. Mais tout le reste est vrai : politiquement, c’est un roman d’actualité, et qui le sera de plus en plus avec les progrès technologiques… d’où la nécessité d’anticiper l’inévitable.

Centre Commercial : Quelle est la posture des Freemen vis-à-vis de la protection de l’environnement ?

TC : Le monde est devenu si complexe que personne ne peut prévoir la conséquence d’une décision. Pas évident de dire ce qui est bon ou mauvais à l’échelle globale. Le bon sens est devenu impuissant. Les Freemen agissent donc localement, à une échelle où l’action raisonnée reste possible, mais comptent sur la technologie pour propager les bonnes idées et faire en sorte qu’elles se fécondent, et peut-être se généralisent à l’échelle de la planète. Les décisions partent du bas et jamais aucune entité supérieure ne doit selon eux les récupérer.

Veja illustre l’attitude Freemen. On n’exige pas une loi pour que les chaussures et les fringues soient bios, on se retrousse les manches, on crée ces chaussures et ces fringues et on espère que d’autres suivront. Si c’est le cas, on aboutira à un changement profond de la société, sans qu’aucun puissant ne décide quoi que ce soit. Les Freemen veulent généraliser cette attitude. C’est ainsi que nous aboutirons à un développement raisonné.

Centre Commercial : N’est-ce pas un peu l’attitude des ultralibéraux ?

TC : Les Freemen craignent les structures hiérarchiques, qu’elles soient étatiques ou privées. Ils ressemblent plutôt à des artisans. Ils ne font pas travailler les autres pour eux, ils collaborent avec eux. C’est très différent. Un Freemen ne rêve pas de devenir patron. Beaucoup se sont trouvés dans cette situation, comme Dan le père se Jos dans le roman. Ils sont alors tout pour sortir de ce piège.

Centre Commercial : La Quatrième Théorie est le premier roman du genre « Twittérature », pourquoi l’avoir transformé en roman papier ? La littérature ne peut donc qu’exister sous cette forme ?

TC : On n’a pas transformé un twiller  en roman papier. On a édité le texte, on l’a resserré, on la retravaillé, on l’a achevé. Ce texte existe aujourd’hui sous forme de livre papier et de livre électronique. Les lecteurs choisiront de le lire sous la forme qu’ils préfèrent. Il n’existe pas d’opposition entre les supports. Mais pour sûr, Twitter n’est pas un endroit pour lire un roman de 550 pages. C’est un merveilleux terrain de jeu littéraire, il faut en arracher les œuvres pour qu’elles deviennent accessibles et formellement attractives. L’important est de ne pas perdre l’énergie du média originel dans le travail de finition. J’espère qu’on a réussi.

 

COCKTAIL / FREEMEN PARTY & RENCONTRE AVEC L’AUTEUR

CENTRE COMMERCIAL

Mercredi 03 Avril – 18h/22h

Chez Centre Commercial, 2 rue de Marseille – Paris 10ème

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